La robotique sociale pour les nuls avec Alvaro Castro-Gonzalez

Mes recherches m’auront amenée jusqu’en Espagne, où plutôt jusqu’à échanger avec des Espagnols, via Skype (vivent les technologies d’aujourd’hui !).

Alvaro Castro-Gonzalez est chercheur à l’Université Carlos III de Madrid et travaille sur la robotique sociale. Après notre rencontre sur Skype, il a accepté de se faire filmer dans son laboratoire par sa femme Teresa Onorati, et de m’envoyer la vidéo spécialement pour mon projet. Voici ci-dessous un extrait que j’ai bien sûr sous-titré en français juste pour vous !

  • Vidéo de présentation (espagnol sous-titré en français)

 

  • Intégralité de la conversation Skype en audio (espagnol)

 

  • Retranscription de l’entretien (français)

H.D. : Bonjour ! Pouvez-vous vous présenter et présenter votre travail ?

A.C. : Je m’appelle Alvaro Castro-Gonzalez, je suis professeur dans le département d’ingénierie de système automatique à l’Université Carlos III de Madrid. Je travaille sur la robotique sociale. En fait, mon travail consiste moins à m’intéresser à l’aspect technique du robot, à la manière de le programmer qu’à son interaction avec les hommes.

H.D. : Comment définiriez-vous la notion de robot social ?

A.C. : Un robot social est un robot qui établit des relations avec des personnes et qui respecte les normes comportementales et relationnelles des personnes. Il peut échanger des informations avec elles et par exemple, il ne doit pas leur couper la parole.

H.D. : Travaillez-vous avec les émotions ?

En robotique, on peut distinguer deux grands pôles de recherche sur les émotions. Premièrement, les émotions chez l’Homme, et comment elles vont être détectées et reconnues par le robot. Je m’intéresse quant à moi au deuxième aspect, c’est-à-dire à doter le robot d’émotions artificielles. Dans ma thèse, j’ai travaillé en particulier sur trois émotions de base : la joie, la peur et la tristesse,  traitées individuellement. Par exemple, j’ai défini la joie comme le fait d’avoir un besoin, et de satisfaire ce besoin ; la peur comme le fait de vouloir éviter une situation dangereuse.

H.D. : Avez-vous quelques robots sur lesquels vous travaillez à nous présenter ?

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Robot Maggie

A.C. : Maggie est une plateforme de recherche en robotique utilisée dans l’interaction avec les humains concernant notamment les soins médicaux et le divertissement. Nous y travaillons depuis plus de 10 ans. Elle nous sert à tester et développer de nouvelles idées que nous intégrons ensuite à d’autres robots, appliqués à des projets plus concrets.

Un deuxième exemple est le robot Mini utilisé dans un projet avec les personnes âgées. Le robot doit en fait réaliser une série de tâches de divertissement auprès des personnes âgées. Il peut aussi effectuer des tâches répétitives, parfois pénibles pour les aidants comme de rappeler à la personne âgée où elle se trouve, qui elle est, quelle heure il est… Dans le cas où l’aidant est absent, ou simplement s’il doit aller se doucher ou faire des courses, le robot peut le prévenir si la personne âgée s’échappe de la maison.

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Robot M-bot

Enfin, nous avons un dernier robot, M-Bot, créé à l’occasion du projet européen MOnarCH, qui intervient dans le service pédiatrique du cancéropôle de Lisbonne. Dans ce cas-ci, il s’agit d’améliorer le séjour des enfants qui se trouvent souvent dans des situations difficiles dans cet hôpital, de les rendre plus heureux, plus actifs. Le robot est censé les motiver à bouger, à sortir de leur chambre, à pratiquer une activité physique. Cela améliore à la fois leur santé mais aussi leurs relations sociales avec les autres enfants.

H.D. : Quelles technologies les robots utilisent-ils ?

A. C. : Les robots possèdent en fait une série de capteurs : des caméras pour se représenter l’ensemble de leur environnement, des capteurs tactiles qui leur permettent de savoir si quelqu’un les touche, des lasers pour repérer les obstacles. Ils leur permettent de traduire ces informations issues de l’environnement en informations de plus haut niveau.

H.D. : Comment les robots parviennent-ils à communiquer ?

A.C. : S’agissant de robots sociaux, il faut que l’interaction soit la plus naturelle possible. Il faut donc qu’ils imitent au mieux la façon dont les personnes communiquent. Pour cela, nous travaillons sur plusieurs modes de communication. Le plus connu est la voix, mais il y a aussi la posture, il est également possible d’afficher des images quand le robot possède une tablette (battements du cœur par exemple) et parfois de jouer sur les couleurs et les lumières pour traduire une émotion sur le visage ou dans les yeux du robot. L’émotion est très importante pour les hommes, et même pour les animaux, il faut donc que les robots l’utilisent pour être les plus crédibles possibles auprès des êtres humains.

H.D. : Sur quoi travaillez-vous en ce moment, quels sont vos futurs projets ?

A. C. : A présent, nous essayons d’étendre les capacités des robots, en particulier du robot Mini. Le but est qu’il puisse non seulement réaliser les tâches dont j’ai parlé auparavant mais aussi stimuler psychologiquement des personnes âgées, sous la supervision de médecins, d’infirmiers, d’aidants, de psychologues. Actuellement, il est utilisé dans une maison de retraite, auprès d’un groupe de personnes âgées, une prochaine étape serait de le rendre utilisable dans des maisons individuelles, chez des particuliers.

Ainsi, vous aurez compris à travers l’interview d’Alvaro Castro-Gonzalez que les émotions sont essentielles quand les robots ont une fonction sociale. Aujourd’hui, le rôle des robots sociaux est principalement de stimuler mentalement et physiquement les enfants dans les hôpitaux et d’accompagner au quotidien les personnes âgées dépendantes.

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