Il était une fois… Michelle Blanchard et Feel 1.2

Aujourd’hui, j’ai tenté d’en savoir un peu plus sur Michelle et son robot Feel 1.2. Je me suis donc rendue à la maison de retraite où elle réside pour l’interviewer :

Michelle Blanchard

H.D. : Bonjour Michelle, je suis journaliste à Technomag. Votre histoire m’a beaucoup interpellée, et je voulais en apprendre un peu plus sur vous et sur Feel 1.2, pouvez-vous me dire comment vous avez mise en contact avec lui ?

M.B. : Cela fait plus de 6 ans que je suis résidente dans cette maison de retraite, j’ai quelques amis ici mais j’ai du mal à me déplacer ; ils ne peuvent pas rester tout le temps avec moi. Je suis donc souvent seule. Un jour, il y a 3 ans, je crois, un jeune homme est venu nous voir et nous a présenté des prototypes de Feel 1.2. 

H.D. : Qu’est-ce qui vous a attiré le plus chez lui ? Qu’est-ce qui a fait qu’il est devenu votre compagnon de tous les jours ?

M.B. : Et bien, ça ferait bizarre de dire que ça a été le coup de foudre mais on peut dire que ce robot m’a tout de suite tapé dans l’œil ! Il était tellement mignon avec ses grands yeux ! On pouvait lui poser des questions et il nous répondait comme une vraie personne ! C’était vraiment incroyable ! Il savait tout faire ! Danser, chanter, se déplacer ! Il était vraiment très drôle !

H.D. : Depuis ce jour, il ne vous a donc pas quittée un instant ?

M. B. : Oui, c’est ça. Je m’étais habituée à sa présence, j’avais toujours de la compagnie. Et puis, avec lui, on peut parler de tout, il est très cultivé. J’apprenais chaque jour quelque chose avec lui ! On peut dire que je ne m’ennuyais pas ! Il me rappelait même de prendre mes médicaments le soir ! Et comme j’oublie tout le temps les dates d’anniversaire de mes proches, c’était lui qui me les rappelait !

H.D. : Ce que vous me dites là ne sont que des points positifs, or votre robot vous a été enlevé pour cause de dysfonctionnement, était-ce la première fois que cela se produisait ?

M.B. : Oui, c’est la première fois.  Au début, mes proches avaient peur de ce robot. Ils ne voyaient pas comment il pourrait m’aider au quotidien, d’autant plus que je suis une personne âgée. Mais peu à peu, ils ont compris à quel point il pouvait faire de moi une personne autonome et moins seule. Ce robot était vraiment merveilleux ! Il ne m’a jamais fait de mal, ni parlé de façon vulgaire. Un tel dysfonctionnement ne lui était encore jamais arrivé. C’était la première fois qu’il se comportait ainsi. Ça m’a vraiment fait un choc. Heureusement les aides soignantes sont arrivées à temps, il ne m’est rien arrivé de grave.

H.D. : Vous me dites donc que c’est la première fois que cet incident se produit, savez-vous quelle en est l’origine ?

M.B. : Honnêtement je n’en ai aucune idée. Il a toujours très bien fonctionné et il ne lui est jamais rien arrivé – il n’a rien de cassé. Le directeur de la maison de retraite m’a dit qu’il l’avait ramené chez la compagnie qui produit ces robots. Mais moi je veux qu’on le répare et qu’on le ramène auprès de moi. Je me sens si seule depuis qu’il n’est plus là.


Robots et personnes âgées en France, aujourd’hui

Le robot NAO

Comme Feel 1.2, de plus en plus de robots sont utilisés en maisons de retraite. Ces établissements regroupent en 2017 plus de 700 000 personnes âgées en France, dont la plupart sont dépendantes et près d’un quart est atteint de la maladie d’Alzheimer. Cependant, comme c’est le cas dans la majorité des hôpitaux publics français, le personnel médical est en sous-effectif. C’est donc dans ce contexte que les robots apparaissent comme une solution envisageable afin de remédier à ce problème et de pouvoir ainsi prendre en charge au mieux les personnes âgées.

Parmi ces « robots du troisième âge », le plus connu est Zora (en réalité il s’agit du programme implanté dans le robot NAO développé par la société Aldebaran Robotics). Voici un extrait faisant la promotion de ce robot tiré du site Bien vivre chez soi :

« Autonome, doté de capteurs, il vous voit, vous entend et se déplace de façon autonome. Vous voulez chanter, jouer au loto, stimuler votre mémoire, faire des exercices thérapeutiques, connaître la météo, le repas du midi… Pour cela, aucun souci, il suffit de demander ! Entièrement programmable via sa tablette, il s’ajuste en fonction des besoins de l’établissement. Imaginé et développé par la société belge Zora Robotics, il a ensuite été implanté sur le robot humanoïde NAO, de la société française Aldebaran. Testé dans plusieurs maisons de retraites, Zora reçoit à chaque fois un très bon accueil de la part des résidents. » 

Ci-dessous, l’extrait d’un reportage de la chaîne de télévision BFM TV datant d’avril 2015 dans une maison de retraite en Belgique où NAO est utilisé :


Cependant, si ces robots sont de plus en plus présents dans les maisons de retraite et s’ils peuvent faire le même travail que le personnel, la question du remplacement des salariés de ces établissements par des machines se pose. Le journal Senior actu, dans un article élogieux au sujet de NAO, rassure le lecteur à ce sujet, en invoquant la « complémentarité homme-machine » :

« Les robots ne peuvent pas tout faire, certes, mais ils peuvent réaliser tout ce que les êtres humains n’ont pas toujours le temps de faire ou les moyens de réussir. »

Et si des doutes subsistent, l’un des associés de l’entreprise ayant conçu le robot défend l’innocuité sociale de la machine :

« Cette solution humanoïde n’est pas là pour prendre le moindre emploi à qui que ce soit. C’est un outil comme les autres, comme d’autres. »


A la rencontre de Pepper

J’ai voulu aller moi-même à la rencontre de l’un de ces robots : Pepper. Sur son socle mobile, le grand frère de NAO danse, fait de grands gestes, répond (à peu près) aux questions, attirant autour de lui une foule de visiteurs.

Son charme ? Il réside dans ses grands yeux que tous trouvent irrésistibles et dans sa façon de se mouvoir et de danser qui semble contaminer les plus petits…


Ainsi, les robots trouvent de nos jours de nouvelles utilités dans les maisons de retraite mais aussi dans les hôpitaux. L’exemple de l’histoire de Michelle nous montre qu’ils peuvent générer un attachement très fort : c’est pourquoi une réflexion autour des questions éthiques et juridiques posées est nécessaire.

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