Émotions : que se passe-t-il dans notre corps ?

L’émotion fait partie intégrante de notre vie sociale : elle nous permet de nous intégrer dans un groupe, d’avoir de l’empathie pour les autres, et parfois de nous protéger du monde extérieur. Si son utilité est incontestable, elle peut parfois être incontrôlable et difficile à gérer. Vous êtes-vous déjà demandé ce qu’il se passait dans votre organisme au cours d’une réaction émotionnelle ? Laissez-vous embarquer dans un voyage au cœur des profondeurs de notre cerveau !

Les émotions ont longtemps été négligées par la neurobiologie. En effet, l’émotion est considérée comme une notion de l’esprit et est donc étudiée par les psychologues et philosophes. Peu à peu, les recherches ont permis de prouver que les activités humaines étaient influencées par l’état émotionnel et, encouragé par la découverte des fondements neuronaux de certaines fonctions cognitives, les neuroscientifiques ont commencé à se pencher sur ce sujet.

On estime à ce jour que le premier projet de localisation anatomique des émotions remonte au XVIIIème siècle avec les travaux de l’anatomiste Franz Joseph Gall. Deux siècles plus tard, en 1973, Paul Lauterbur et Peter Mansfield mettent au point l’IRMf, l’Imagerie par Résonance Magnétique fonctionnelle. Cette technique révolutionne la recherche et permet aux chercheurs d’observer le fonctionnement du cerveau de façon non invasive et indolore.

ZOOM → L’IRMf : Cette technique consiste à mesurer l’activité d’une aire cérébrale en fonction de son oxygénation : plus l’aire est oxygénée, plus elle est activée. On a ainsi pu mettre en évidence les liens étroits entre l’activation de certaines structures cérébrales et l’expression de certaines émotions.

Exemples d’images du cerveau par IRMf traduisant la joie ou la tristesse

Le circuit des émotions dans le cerveau

  1. Tout commence avec les organes sensoriels : la bouche, le nez, la peau, les oreilles, les yeux. Ils perçoivent un goût, une odeur, une image appelés des stimulis.
  2. Le stimulus arrive ensuite au niveau du système limbique, plus précisément dans la zone du thalamus. C’est ici que naît l’émotion. Sorte de gare de triage du cerveau, le thalamus va envoyer cette information vers la zone du néo-cortex spécialisée pour traiter l’émotion : le cortex préfrontal gauche serait sollicité pour les émotions positives et le droit pour les émotions négatives.
  3. L’amygdale détecte les éléments nouveaux et active si besoin l’hypothalamus pour une réponse motrice.
  4. L’hypothalamus enclenche les réactions hormonales qui débouchent sur des réponses motrices : augmentation de la fréquence cardiaque, contraction musculaire, apparition des larmes…

ZOOM → La théorie du cerveau triunique  : elle stipule que le cerveau peut être décomposé en 3 zones correspondant aux 3 stades d’évolution.

* Cerveau reptilien : cerveau ancestral, il régule les fonctions vitales, commande les besoins naturels et les comportements primitifs.

* Système limbique : apparu avec les premiers mammifères, il est responsable des émotions et du jugement de valeur.

* Néocortex : il se développe avec les primates et l’humain et permet l’apprentissage, la conscience, le langage et la culture.

Schéma du cerveau triunique

Ainsi, l’émotion prend forme dans le système limbique, comprenant notamment amygdale, thalamus et hypothalamus. Ce sont les échanges entre ces structures et le néocortex qui permettent de réguler les émotions et d’en être conscients.

 

Vous voulez en savoir plus ? Examinons en détail 3 émotions : la joie, la peur et la tristesse.


Le circuit de la joie et du rire

Dans le cerveau

Carte cérébrale de la joie

 

Le thalamus dirige le stimulus vers le tronc cérébral qui déclenche une décharge de dopamine. Il s’agit d’un neurotransmetteur, c’est-à-dire d’une substance chimique qui se déplace de neurone en neurone et transmet un message nerveux. La dopamine se répand ainsi dans le cerveau et enclenche une sensation de plaisir.

Parallèlement, lors du rire, l’hypothalamus sécrète des endorphines, hormones antidouleurs.

 

Légende de la carte cérébrale :

Cortex  Thalamus Amygdale Hippocampe Cervelet Ganglions de la baseConnexions neuronales

Dans l’ensemble du corps

L’hypothalamus, responsable des réponses motrices, déclenche un certain nombre de changements dans l’organisme : 

  • Les endorphines sécrétées se propagent dans le sang, expliquant la sensation d’apaisement et de relaxation que l’on ressent après avoir ri.
  • La fréquence cardiaque et le débit cardiaque augmentent.
  • La ventilation pulmonaire augmente. Le sang et les tissus sont mieux oxygénés, les toxines mieux éliminées.
  • Les abdominaux se contractent, massent le ventre et stimulent la digestion.
  • Certains muscles se relâchent comme le sphincter, qui nous donne parfois envie d’uriner.

Rire : allier l’utile à l’agréable !

Le rire améliore ainsi la guérison et c’est notamment pour cette raison que des clowns viennent rendre visite aux patients des hôpitaux. On appelle cela le « rire médecin ». Des statistiques ont montré qu’après le passage des clowns, la quantité de médicaments antidouleurs administrés aux patients diminue de 30 à 40 %. Il est même recommandé de rire 10 minutes par jour pour améliorer notre santé et prolonger la durée de notre vie !


Le circuit de la peur

Dans le cerveau

Carte cérébrale de la peur

 

Il existe deux circuits de la peur découverts par Joseph LeDoux : le circuit court et le circuit long.

Le circuit court passe par le thalamus, puis par l’amygdale et enfin par l’hypothalamus alors que lors du circuit long le cortex s’intercale entre le thalamus et l’amygdale. Généralement, le circuit court déclenche une réaction vive et incontrôlable alors que l’intervention du cortex dans le circuit long permet d’analyser le stimulus et de produire une réaction de l’hypothalamus plus adaptée et contrôlée.

Dans l’ensemble du corps

L’hypothalamus agit sur différentes structures du corps qui vont mobiliser les ressources pour répondre à la menace et faire face au danger : 

  • Les glandes surrénales sécrètent l’adrénaline, hormone de l’énergie, qui se répand dans le sang.
  • La pupille se dilate pour capter un maximum de lumière.
  • La fréquence respiratoire et la fréquence cardiaque augmentent pour apporter le plus d’oxygène possible aux muscles. Les muscles des jambes sont irrigués en priorité, entraînant le pâlissement du visage, qui est par conséquent moins vascularisé.

ZOOM → Peur et fréquence cardiaque : Les images ci-dessous rendent compte des résultats d’une expérience menée sur une personne saine de sexe féminin. A l’état normal, sa fréquence cardiaque est de 84 battements/minute. On a ensuite fait éclater un ballon gonflé devant cette même personne pour provoquer chez elle une réaction de peur. La fréquence cardiaque passe alors à 141 battements/minute. Ainsi, la fréquence cardiaque augmente bien lorsqu’un individu a peur.


Le circuit de la tristesse

Dans le cerveau

Carte cérébrale de la tristesse

 

 

Lorsqu’on éprouve de la tristesse, le thalamus dirige le stimulus vers l’amygdale, qui génère une émotion brute et incontrôlable. Le cortex préfrontal va ensuite réguler l’émotion. Cette réaction en deux temps est indispensable pour pouvoir bien gérer ses émotions.

 

 

Dans l’ensemble du corps

  • Les glandes lacrymales produisent un surplus de liquide. Ainsi, la pression de l’œil augmente et le trop-plein de liquide doit être évacué : les larmes apparaissent. On ressent souvent une sensation d’apaisement car les hormones du stress sont évacuées par les larmes.

Émotions et expressions faciales

Il existe à ce jour une méthode qui permet de décrire les mouvements faciaux d’une personne. Il s’agit du Facial Action Coding System dit FACS. C’est à ce jour la méthode la plus largement reconnue et utilisée pour coder les mouvements du visage humain. Cette classification a été mise au point principalement par le psychologue Paul Ekman dans les années 1970 après de nombreuses recherches. Une première version est parue en 1978 puis une rectification a eu lieu en 2002.

La classification FACS fonctionne sous forme d’Action Units (AU) : chaque unité d’action est numérotée et correspond à une action particulière d’un muscle du visage.

Quelques exemples d’Action Units illustrées

Il est ensuite possible d’associer des émotions à la mobilisation de certaines Action Units. Par exemple, lors de l’émotion « joie » est souvent mobilisée l’AU n°6 correspondant au haussement des joues. Cette AU implique les muscles Orbicularis oculi.

Dans le tableau qui suit :

  • les étoiles correspondent à des AU concernant moins de 25 % de la population
  • les lettres L et R correspondent à la partie gauche et droite du visage
  • l’intensité de l’AU est indiquée par des lettres allant de A (intensité minimale) à E (intensité maximale)
  • les différentes lignes correspondent à différentes étapes de déclenchement de l’émotion
Tableau présentant les numéros des Action Units mobilisées par émotions

Les émotions naissent donc dans le système limbique et vont ensuite déclencher depuis le cerveau une série de réactions dans le corps, expliquant les larmes de la tristesse, les pâlissements de la peur ou encore le bien-être de la joie.

Qu’avez-vous découvert au travers de cet article ? N’hésitez pas à laisser un commentaire !

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